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Social Anthropology

Anthropologie sociale

ISSN: 0964-0282 (print) • ISSN: 1469-8676 (online) • 4 issues per year

Volume 32 Issue 4

Technomoral Governance

From Techniques of Intervention to Technological Innovation in Politics, Policy and Law

Raúl AcostaMaja Hojer BruunInsa Lee Koch Abstract

This special issue examines the concept of ‘technomoral governance’, a framework that describes the intertwining of moral imperatives with technocratic and technological solutions in contemporary political governance. Building on Erica Bornstein and Aradhana Sharma's (2016) notion of ‘technomoral politics’, which looked at how moral projects become intertwined with legal-technical interventions, we explore how political tactics increasingly rely on technical and technologically driven innovations to address fundamental societal challenges. Confronted with issues that range from climate change to rampant urban inequalities and humanitarian crises, actors across China, India, Ghana, Denmark, the UK and Mexico come to invoke the language of technomoral interventions to justify political decision-making. These approaches, executed under the guise of neutrality, mask existing inequalities while also offering opportunities for unexpected forms of resistance. We argue that the convergence of moral and technological strategies represents a significant development in contemporary governance, producing murky, contradictory and often highly unequal effects.

Résumé

Ce dossier examine le concept de gouvernance techno-morale, un cadre pour décrire les connexions entre des impératives morales et des solutions technocratiques et technologiques dans la gouvernance politique contemporaine. Nous nous appuyons sur la notion de ‘la politique techno-morale’, qui a été élaborée par Erica Bornstein and Aradhana Sharma en 2016 pour étudier comment les projets morals deviennent entrelacés avec des interventions légal-techniques. Nous explorons comment les tactiques politiques dépendent de plus en plus sur les innovations techniques, propulsées par des technologies, afin de répondre aux défis fondamentaux de notre société. Face aux problématiques comme le changement climatique, les inégalités croissantes dans des territoires urbains, et les crises humanitaires, des acteurs en Chine, Inde, Ghana, Danemark, Royaume-Uni, et Mexique commencent à parler des interventions techno-morales afin de justifier les processus décisionnels en politique. Ces approches, qui sont mise en pratique sous une voile de neutralité, masquent des inégalités existantes. En parallèle, elles permettent des occasions pour des formes imprévues de résistance. Nous proposons que la convergence des stratégies morales et techniques représente un développement important dans la gouvernance contemporaine, qui produit des effets insoupçonnés, contradictoires, et souvent inégales.

Algorithmic Governance, Public Participation and Trust

Citizen–State Relations in a Smart City Project

Maja Hojer Bruun Abstract

Two intertwined trends have hit cities all over the world: an increasing drive towards experimentation with citizens as participants that is turning cities into ‘living labs’ or ‘test-beds’, and the use of streams of digital data from people and devices for the algorithmic management of urban life following the ‘smart city’ model. In the visions of smart city designers and developers of data systems, public participation is configured as a matter of motivation and trust and how citizens can be persuaded to contribute their data through processes such as gamification. In this context, technomoral politics become a matter of engaging citizens in allegedly neutral data systems that are supposed to govern social and political processes. Yet, based on ethnographic work with citizens and officials who manage everyday life with floodings in Vejle, Denmark, this article demonstrates that the visions for technomoral participation tied to a smart city project can be challenged by alternative ways of participating through everyday acts of mutual investment and care, including also alternative uses of and experimentation with data.

Résumé

Deux tendances interdépendantes ont impacté des villes à travers le monde : une campagne croissante pour des projets participatifs et expérimentaux qui permettent les citoyens de transformer des villes en ‘laboratoires vivantes’ ou ‘lits d'essai’, et l'utilisation de données générées pendant le streaming numérique pour la gestion de la vie urbaine fondée sur le modèle de la ville connectée. Pour les designers de la ville connectée et les développeurs de systèmes de données, la participation publique est configurée comme une question de motivation et de confiance. Elle montre comment les citoyens pourraient être persuadés à contribuer leurs données au travers des processus comme la prolifération des jeux. Dans ce contexte, la politique techno-morale devient une façon d'engager des citoyens dans les soi-disant systèmes de données neutres qui doivent gouverner des processus sociaux et politiques. Cet article s'appuie sur la recherche ethnographique avec les citoyens et les fonctionnaires qui gèrent des situations d'inondation à Vejle au Danemark. Nous montrons que les visions pour une participation techno-morale liée à un projet de ville connectée se sont heurtées contre les manières alternatives de participer au travers des actes journaliers d'investissement mutuelle et de soutien, qui utilisent elles-mêmes des stratégies alternatives pour expérimenter avec des données numériques.

Automating Morality

Environmental Governance in the Digital Age in China

Charlotte Bruckermann Abstract

In response to a perceived ‘moral crisis’ amid global capitalism, China's communist party currently aims to instil morality, credibility and trust among citizens. This article examines an instance of technomoral governance that fosters citizen self-regulation in pursuit of the neosocialist agenda of green development: a digital platform called Ant Forest that steers consumers towards ‘ecological consciousness’. The app mobilises techniques of quantification, especially through green credits and carbon metrics, to recalibrate accountability away from corporations and the state and towards individual behaviour. It also attempts to facilitate sustainable choices by offering a simple interface for monitoring green behaviour that reduces complexity, both for onscreen choices and offline activities. The app thereby paves the way to ‘automating morality’, in the sense of replacing the physical work and moral effort involved in attaining a desired ‘green’ subjectivity. Ethnographic insights, ranging from rural afforestation workers to urban app users seeking sustainable futures, underscore the tensions and contradictions between embracing digital tools for diverse moral ends. Exploring China's digital administration system, designed to be predictive and conflict-averse, sheds light on the technomoral dimensions underlying this approach to environmental restitution. Beyond neoliberalism, this convergence of governance, technology and society's self-regulation contributes to global discourse on environmental policy and digital social management, presenting a distinct neosocialist approach to technomoral governance.

Résumé

Pour répondre à la perception d'un ‘crise moral’ dans le contexte de capitalisme mondial, la partie communiste en Chine vise à installer de la moralité, de la crédibilité, et de la confiance dans la population. Cet article examine un cas de gouvernance techno-morale pour promouvoir le contrôle de soi comme un comportement citoyen afin de mettre en pratique le programme néosocialiste de développement écologique. Une plateforme numérique, qui s'appelle La Forêt de fourmis, dirige les consommateurs vers ‘la conscience écologique’. L'application mobilise des outils de quantification, surtout au travers des crédits verts et des métriques de carbone, afin de libérer les corporations et les états de leurs responsabilités et de focaliser davantage sur le comportement individuel. De plus, l'application cherche à faciliter des choix durables en créant une interface simple pour surveiller des gestes écologiques ; celle-ci réduit de la complexité, à la fois pour des choix faits en ligne et pour des activités hors ligne. Ainsi, l'application ouvre le chemin vers une façon de ‘automatiser la moralité’, ou de remplacer le travail physique et l'effort moral nécessaires pour obtenir une subjectivité écologique désirable. Des connaissances ethnographiques, tirées des gestionnaires de forêt dans des zones rurales ainsi que des consommateurs urbains qui cherchent des solutions durables, surlignent les tensions et les contradictions liées à l'utilisation des outils numériques pour diverses finalités morales. Une exploration du système administratif et numérique en Chine, qui a été conçu pour éviter des conflits et pour prédire, révèle les dimensions techno-morales qui soutiennent cette approche à la restitution environnementale. Au-delà du néolibéralisme, cette convergence de la gouvernance, de la technologie, et de l'autorégulation de société contribue à un discours mondial sur la politique environnementale et la gestion sociale et numérique, en présentant une approche néosocialiste spécifique à la gouvernance techno-morale.

We Just Want to Know How it was Calculated

Agricultural Insurance and Technomoral Politics in Rural India

Tim van de Meerendonk Abstract

This article interrogates the relationship between crop insurance logic and rural politics surrounding agricultural misfortune in Maharashtra, India. Indian agriculture is widely considered to be in crisis. In response, the Indian government introduced an insurance scheme that promises to alleviate the crisis through technocratic means using sophisticated calculative practices. While critical literature underlines the depoliticising effects this supposedly ‘objective’ calculation has on rural misfortune, I demonstrate how quantified understandings have moralised and politicised rural issues in new technocratic idioms. I follow an organisation that adopted the language of numbers to formulate a critique of insurance logic. By repeating that they ‘just want to know how the insurance amount was calculated’, this organisation mobilised the axiomatic virtues of quantification to hold the insurance company to account.

Résumé

Cet article interroge les rapports entre la logique d'assurances de récoltes et la politique rurale qui encadre la malchance agricole en Maharashtra, Inde. L'agriculture indienne est considérée à être dans un état de crise. En réponse, le gouvernement indien a introduit un régime d'assurances qui promet d'atténuer la crise par des moyens technocratiques en utilisant des pratiques calculatives et sophistiquées. La littérature scientifique souligne les effets de dépolitisation générés par cette façon de calculer ‘objectivement’ et les conséquences pour des situations de malchance rurale. Nous montrons comment des connaissances quantitatives ont transformé des enjeux ruraux d'une manière moralisée et politisée en nouvelles idiomes technocratiques. Nous étudions une organisation qui a adopté le parler de statistiques pour formuler une critique de la logique d'assurances. En répétant la phrase ‘ils souhaitent simplement savoir comment le montant d'assurance était calculé’ cette organisation a mobilisé les vertus axiomatiques de quantification afin de forcer la compagnie d'assurances à remplir ses obligations.

‘Leave No One Behind’

Enacting and Exceeding Technical and Moral Imperatives of Inclusion in Ghana

Miriam Hird-Younger Abstract

‘Leave No One Behind’ is an integral value-laden part of the United Nations’ Sustainable Development Goals and offers an exemplary case of the increasing fusion of technical and moral imperatives in development. This article examines how donor-determined inclusion indicators shaped how non-governmental organisations (NGOs) in Ghana adopted the moral value of Leave No One Behind. Drawing on ethnographic research with NGOs working to include people with disabilities, this article demonstrates the limits of technical mechanisms of inclusion that are legible in donor audits. Yet, beyond the bounds of technomoral assessments in upwards accountability to donors, NGO staff generated horizontal collaborations with peers in disability advocacy organisations that strengthened their inclusion practices, offering insights on the potential of relational forms of accountability.

Résumé

‘Ne laisser personne de côté’ est une partie intégrale et porteuse de valeurs des Objectifs de développement durable établis par Les Nations unies. Elle est également un cas exemplaire de la fusion croissante des impératives morales et techniques en développement. Cet article étudie comment les indicateurs d'inclusion, déterminés par les donateurs, ont façonné les stratégies des organisations non-gouvernementales (ONGs) en Ghana dans l'adoption de la valeur morale ‘Ne laisser personne de côté’. En s'appuyant sur des recherches ethnographiques avec les ONGs qui travaillent sur l'inclusion des personnes à mobilité réduite, cet article montre les limites de mécanismes techniques d'inclusion qui sont lisibles pendant les audits de donateurs. En allant au-delà les limites des évaluations techno-morales, pour s'assurer de ses responsabilités vis-à-vis les donateurs, le personnel des ONGs ont tissé des partenariats horizontaux avec leurs pairs dans les organisations de plaidoyer d'invalidité. Ces partenariats ont renforcé leurs pratiques d'inclusion et donnent des connaissances sur le potentiel de formes relationnelles de responsabilité.

‘What is not Counted, doesn't Count’

Technomoral Governance of Mexico City's Urban Mobility

Raúl Acosta Abstract

Urban mobility in Mexico City is managed through a technomoral form of governance in which activists, advocates, experts and other stakeholders agree on priorities to shape government policies and projects. The process is less of a political-ideological haggling, and more of a moral struggle between right and wrong. These moral views are supported through technically implementable data or formulas. The phrase ‘what is not counted doesn't count’ was frequently used by a local government official in charge of cycling promotion, to call on activists to measure the use of bicycles in order to demand improvements in infrastructure and projects. To advance in their objectives, stakeholders reached moral agreements over bundles of information that served as building blocks for policies and projects.

Résumé

La mobilité urbaine dans la ville de Mexico est gérée au travers une forme de gouvernance techno-morale dans laquelle des activistes, supporteurs, experts et d'autres personnes concernées décident ensemble les priorités pour définir la politique et les projets du gouvernement. Le processus comporte des négociations politico-idéologiques, mais il est surtout une bataille morale entre le bien et le mal. Ces perspectives morales sont soutenues par des données ou des formules qui peuvent être mise en place par des moyens techniques. La phrase ‘tout ce qui n'est pas prise en compte, ne compte pas’ a été utilisée très souvent par un fonctionnaire du gouvernement local, chargé de promouvoir le cyclisme et de faire appel aux activistes pour mesurer la pratique du vélo afin de demander des améliorations aux infrastructures et projets. Pour avancer leurs objectifs, les personnes intéressées ont trouvé des accords moraux concernant les renseignements qui ont servi comme des blocs de construction pour des politiques et projets.

Technomoral Politics in Conservative Britain

Austerity, Debt, Student Loans and the Morality of Neoliberal Governance

Cris Shore Abstract

For Erica Bornstein and Aradhana Sharma writing about contemporary India, ‘technomoral politics’ refer to the way individuals and organisations translate moral projects into technical and implementable policies or laws, or justify technocratic acts as ‘moral imperatives’. In Britain, by contrast, technomoral governance takes different forms. Rather than the (hyper-)moralisation of political programmes, policies and laws are typically advanced through less emotive, more bureaucratic language of management and administration, and seemingly neutral discourses of economics, efficiency, ‘common sense’, ‘value for money’ and ‘responsibility to taxpayers’. This article examines these processes in the context of the UK. Drawing on case studies of three post-2010 Conservative government flagship policy initiatives (austerity, social impact bonds and student loans), I explore how these programmes were advanced and the rationalities that underpinned them. These initiatives, I conclude, herald a new phase in the development of technomoral governance, one based on technomoral logics of financialisation and the private capture of public assets.

Résumé

D'après Erica Bornstein et Aradhana Sharma ‘la politique techno-morale’ en Inde contemporain décrit la manière dont des individus et des organisations traduisent les projets moraux en lois ou en politiques techniques, qui peuvent être mise en place, ou qui justifient des actes technocratiques comme ‘des impératives morales’. Au Royaume-Uni, par contraste, la gouvernance techno-morale assument des formes différentes. La (hyper-)moralisation de programmes politiques est absente, tandis que les politiques et lois sont typiquement promues dans un parler moins émotionnel et plus bureaucratique du management et de l'administration. Les discours apparemment neutres évoquent les économies, l'efficacité, le ‘bon sens’, ‘la rentabilité’, et ‘la responsabilité vis-à-vis des contribuables’. Cet article examine ces processus au Royaume-Uni. Nous nous appuyons sur trois cas d’étude concernant les principales initiatives en politique menées par le gouvernement conservateur après 2010 (austérité, obligations d'impact social, et crédits d’étudiants). Nous explorons comment ces programmes ont été avancé et les rationalités qui les ont soutenues. En guise de conclusion nous considérons que ces initiatives annonce une nouvelle phase dans le développement de la gouvernance techno-morale ; celle-ci est fondée sur la logique techno-morale de la financialisation et sur le réquisitionnement privé de biens publics.

Ode to the Literature Review

Annual Review Article 2023

Rishabh Raghavan Abstract

Drawing inspiration from the workings of a literature review, this annual review article rounds up publications from major European anthropology journals in a way that allows readers to jot down, carve up and route themselves towards articles and special issues that might be of interest to them. Arranged under three large thematic subsections, the annual review article looks at articles that broadly fell under the research disciplines of environmental anthropology, anthropology of labour and the anthropology of religion, before presenting a condensed review of the notable special issues from 2023. It is laced with a few observations and reflections, spaced intermittently throughout, and ends with a brief conclusion that touches on the joys of reading anthropology – a sensation still experienced by many, but one that may be less available to those who are caught in the jostles of building an academic career.

Résumé

En tirant notre inspiration des mécanismes d'une revue de la littérature, cet article de rapport annuel donne un aperçu sur les publications de journaux européens d'anthropologie. Nous voulons permettre les lecteurs et lectrices de noter, trier, et s'orienter vers des articles et des dossiers qui pourraient les intéresser. L'article de rapport annuel est structuré en trois sous-sections thématiques et présente des articles publiés dans les domaines de recherche d'anthropologie environnementale, d'anthropologie de travail, et d'anthropologie des religions. Ensuite nous présentons un compte-rendu bref des principaux dossiers de l'an 2023. Tout au long de l'article, nous insérons quelques observations et réflexions et nous terminerons par une conclusion brève qui évoque les joies de lire l'anthropologie. Cette sensation est toujours ressentie chez les chercheurs et les chercheuses, mais elle est peut-être moins à la disposition de ceux et celles qui sont en train d’établir leur carrière scientifique.

Book Reviews

Elvira WepferTanuj LuthraTessa PijnakerCynthia KreichatiKrishna Kant YadavYuxin PengWesley Allen Brunson

Benson, Peter. 2023. Stuck Moving Or, How I Learned to Love (and Lament) Anthropology. Oakland, CA: University of California Press. 380 pp. Pb.: US$29.95, ISBN: 9780520388741.

McDowell, Andrew. 2024. Breathless: Tuberculosis, Inequality, and Care in Rural India. Redwood City, CA: Stanford University Press. 272 pp. Pb.: US$28.00, ISBN: 9781503638778.

McElroy, Erin. 2024. Silicon Valley Imperialism. Techno Fantasies and Frictions in Postsocialist Times. Durham, NC: Duke University Press. 296 pp. Pb.: US$27.95. ISBN: 9781478030218.

Wolf-Meyer, Matthew J. 2024. American Disgust: Racism, Microbial Medicine, and the Colony Within. Minnesota, MN: University of Minnesota Press. 296 pp. Pb.: US$29.00, ISBN: 9781517916244.

Strümpell, Christian. 2023. Steel Town Adivasis: Industry and Inequality in East- ern India. New Delhi: Social Science Press. 390 pp. Hb.: IN₹1375, ISBN: 9789383166572.

Tooley, Christa Ballard. 2023. Tenement Nation: Working-class Cosmopolitanism in Edinburgh. Bloomington, IN: Indiana University Press. 261 pp. Hb.: US$75.00, ISBN: 9780253065995.

Kusserow, Adrie. 2024. The Trauma Mantras: A Memoir in Prose Poetry. Durham, NC: Duke University Press. 176 pp. Pb.: US$19.95. ISBN: 9781478025573.