ISSN: 0964-0282 (print) • ISSN: 1469-8676 (online) • 4 issues per year
‘Winter is coming!’ The ominous phrase punctuating George R.R. Martin’s popular fantasy saga plays as a repetitive warning that there is something out there threatening the world as it is, something the political powers of the time are oblivious to, made shortsighted as they are by their petty quarrels and thirst for power. As much as the warning resounds with contemporaneous anxieties, the underlying message remains anthropo-centred and anchored in warfare concerns – dead people from old wars are coming back lest we constantly keep them at bay. It is tempting to reverse the claim into ‘summer is coming’ to make the point about the actual threat which needs to be addressed by the same shortsighted political powers. It has become common sense that human-induced climate change is a new actor in/of history. Indeed, history has been epistemologically redefined after the popularisation of the Anthropocene in the 1990s to develop into ‘big histories’ that feed global imaginaries about numerous new agentivities (earth, life, nature and also water and ice). History will never be the same, nor the figure of the human. The wintery summer that is upon us warrants our attention. Anthropology has a lot to offer, we believe, precisely by thinking laterally and including agents, forces and materialities that we simply can’t afford to ignore.
The Anthropocene epoch is one where human mastery has left an indelible mark on our planet's geological record. A grand narrative that foregrounds human domination over nature, the Anthropocene should, however, not foreclose agentive capacity beyond the human. This special issue of
L'Anthropocène est cette époque où la maîtrise humaine a laissé une marque indélébile dans les annales géologiques de notre planète. Comme grand récit opposant nature et culture et mettant en avant la domination humaine, l'Anthropocène ne doit toutefois pas oublier les capacités agentives au-delà de l'humain. Ce numéro spécial de Social Anthropology/Anthropologie Sociale rend compte de multiples façons d’être en relation avec la glace – un objet non humain qui est devenu iconique de l’époque anthropocène – en s'attachant tout particulièrement à la vitalité de la glace et à sa capacité à affecter les humains. La collection des articles donnés à lire montre comment la reconnaissance du caractère vivant de la glace est un défi à nos épistémologies dominantes, transcende l'opposition binaire entre la vie et la mort, rend confuses les frontières de la matière, multiplie et floute les échelles de temps linéaires et décentre les imaginaires populaires au sujet du climat. Spécifique dans la façon dont sa vitalité s'exprime, la glace est aussi une substance universelle prise dans des processus terriens qui transcendent les localités. Chaque cas ethnographique, tiré de contextes géophysiques et socio-culturels locaux, force les humains à l'humilité devant la vitalité de la glace. Prises ensemble, ces pièces empiriques offrent une voie pour repenser nos relations avec la glace et pour prendre en considération l'agentivité du non humain, d'autant que ce manque de considération est précisément inhérent aux conditions mêmes de l'Anthropocène.
With technological developments, distant Himalayan ice has largely replaced early scientific accounts that emerged from physical engagement. Ice became an abstraction that in contemporary accounts is commonly enmeshed in a climate change imaginary and aims to contribute to knowledge about something happening at the planetary level. This article proposes a shift in narrative scale, drawing on ethnographic research in the Indian Himalayas. It explores stories of entanglement in icy ecologies, portraying ice not as a mere abstraction but as a vital body. In these accounts, ice is at the centre of mundane and intimate encounters with climate change and its materiality induces a relationship between bodies (humans, non-humans) that transcends their ontological boundaries. Recognizing these experiences is a fundamental element in reimagining Himalayan ice, departing from technological limitations, and underscoring the consequences of ice melting within the context of climate change.
Avec les progrès technologiques, la construction à distance de la glace himalayenne en tant que formation épistémique a largement remplacé les premiers récits scientifiques issus d'un engagement physique et sensoriel. La glace est devenue une abstraction qui, dans les récits contemporains, est généralement imbriquée à l'imaginaire du changement climatique et vise à contribuer à la connaissance quant à un phénomène planétaire. Cet article propose un changement d’échelle dans les récits sur la glace himalayenne. S'appuyant sur des recherches ethnographiques menées dans l'Himalaya indien, il explore des récits d'enchevêtrement au sein d’écologies de glace. Dans ces récits, la glace n'est ni une abstraction ni un substrat passif, mais plutôt un corps vital : au centre de rencontres banales et intimes avec le changement climatique, sa matérialité induit une relation entre les corps (humains, non-humains) et transcende leurs frontières ontologiques. Prendre en compte le caractère dispersé de ces expériences offre la possibilité de cultiver un autre type d'imaginaire pour l'Himalaya et ses glaces, un imaginaire qui dépasse les limites imposées par les impératifs technologiques et qui est attentif aux conséquences de la fonte des glaces sous le changement climatique.
Focusing on the life and death of Okjökull, the first of Iceland's major glaciers to disappear because of anthropogenic climate change, this article discusses the complex relationships between cryospheres and human communities in Iceland. It asks how distinctions between non-living entities and living beings can offer insights to anthropology, and transdisciplinarily, as a model for recognising mutual precarities between the living and non-living world in the face of anthropogenic climate change. Detailing the authors’ ethnographic encounters with Ok mountain and Okjökull (glacier), the authors argue that by attending to non-living forms, and by registering their ‘passing’ or loss, we are able to document and better comprehend threshold events in the larger life of the planet.
En se concentrant sur la vie et la mort d'Okjökull, le premier des principaux glaciers islandais à disparaître en raison des changements climatiques anthropogéniques, cet article discute les relations complexes entre la cryosphère et les communautés humaines en Islande. Il questionne la manière dont les distinctions entre entités non vivantes et êtres vivants peuvent offrir des perspectives à l'anthropologie et la transdisciplinarité en tant que modèle pour reconnaitre des précarités mutuelles entre monde vivant et non vivant en face du changement climatique anthropogénique. En détaillant la rencontre ethnographique entre les auteurs, la montagne Ok et l'Okjökull (le glacier), les auteurs défendent l'idée qu'en prenant acte des formes non vivantes et en marquant leur « disparition » ou leur perte, nous sommes en mesure de documenter et de mieux comprendre les événements de bascule dans la vie de notre planète.
This article engages with the natural phenomena of meteorite concentrations in Antarctica to explore how ice, particularly flowing, viscous ice, can offer alternative conceptions of change over non-human time. Drawing from historical research at the Smithsonian Institute as well as ethnographic experience in the High Arctic, I foreground glaciological understandings of ice as a monomineralic rock, one that indicates geologic time (rather than climatological crisis). In highlighting the rocky relationality between ice and meteorites, this article focuses on moments of capricious interruption into uniformitarian time: material instances where the geo-logics that underpin scientific conceptions of the non-human past were ‘glitched’. This article argues that the glitches the viscous ice makes visible can help reframe human and non-human time, and Geo-Anthropos relations; a crucial step to better understanding the momentum and meaning of the ‘Anthrop’/‘Capital-ocene’.
Cet article a pour objet le phénomène naturel des concentrations de météorites dans l'Antarctique et explore la manière dont la glace, et particulièrement la glace visqueuse et se délitant, peut offrir des conceptions alternatives sur le temps non humain. À partir d'une recherche historique au Smithsonian Institute et d'une expérience ethnographique dans le Haut Arctique, je propose une compréhension glaciologique de la glace comme un roc non monominéral, porteur d'indications sur le temps géologique (plutôt que sur la crise climatologique). En se concentrant sur la relationalité rocheuse entre la glace et les météorites, cet article attire l'attention sur ces moments d'interruption capricieuse du temps uniforme : les instances matérielles où les géo-logiques qui sous-tendent les conceptions scientifiques sur le passé non humain connaissent des « ratés ». Cet article défend l'idée que les ratés que la glace visqueuse rend visibles peuvent nous aider à recadrer le temps humain et non humain et les relations Géo-Anthropos ; une étape cruciale pour mieux comprendre le momentum et la signification de « l'anthropo’-capital-ocène ».
Changing sea ice due to anthropogenic climate change demands scientists to revisit their taken-for-granted concepts of sea ice. The ‘rotten ice project’ was one such effort by scientists at the University of Washington's Polar Science Center, which sought to develop novel methods to characterise sea ice as a physical-biological-chemical unit. Rotten ice, however, evaded scientists’ efforts to capture it. Using these ‘escapes’ from scientists’ preconceptions during my fieldwork with the team from 2014 to 2016, I draw on interpretations of Georges Canguilhem's understanding of the relationship between life and knowledge to make sense of what rotten ice demanded. Following Canguilhem's suggestions, I argue that vitalism as an ethos treats concepts as tools for scientists to relate to their environment, challenging them to to remain receptive to the difference that error, experimentation and encounters made to their concepts—and thereby stay open to more-than-human worlds like those found in sea ice.
Les modifications que la glace de mer connaît sous l'influence du changement climatique ont incité les scientifiques à revisiter leurs conceptions acquises sur cette glace de mer. Le « projet pourrissement » est l'un de ces efforts mis en œuvre par les scientifiques du Center de Science Polaire de Washington University. Il cherche à développer de nouvelles méthodes pour caractériser la glace de mer comme unité physique-biologique. La glace pourrissante, néanmoins, est jusqu’à présent parvenue à résister et à échapper aux efforts des scientifiques pour la capturer. En utilisant ces « échappées » des préconceptions des scientifiques durant mon terrain avec l’équipe entre 2014 et 2016, j'ai élaboré mon argument à partir d'une interprétation de la compréhension que Georges Canguilhem a esquissée des relations entre la vie et le savoir ; ceci afin de faire sens de ce que cette glace pourrissante demandait. Comme suggéré par Canguilhem, le vitalisme comme ethos plutôt que comme métaphysique de la matière traite les concepts comme un outil à l'aide duquel les humains peuvent se relier à leurs environnements. Un ethos vitaliste défie les scientifiques de développer des sensibilités aux contingences du savoir scientifique et de rester réceptifs et ouverts aux différences que l'erreur, l'expérimentation et les rencontres font à leurs concepts. Un ethos vitaliste suggère en effet une approche plus intéressée à ceux des concepts qui ne sont pas réduits par les sachants humains ou leurs idéalismes et demeurent ouverte à la découverte des mondes au-delà de l'humain.
Worry for the fate of Himalayan glaciers is prominent in climate change research, and encounters with glacial retreat shape imaginings of future ruination. Emotions run high when social scientists concerned with the implications of ice sheet collapse are confronted with the views of select glaciologists who downplay the scope of ice melt. At play in the disciplinary disagreements that arise are different orientations to time, and different imaginaries of Himalayan climate futures based on images of, and data about, glacial retreat. It is the complexity of glaciological knowledge production that this article creates space to understand. At stake is an effort to hold up, for social science audiences, the disparate knowings – between and among disciplines – that impact how Himalayan glacial melt is discussed and imagined.
L'inquiétude pour le destin des glaciers himalayens est saillant dans la recherche sur le changement climatique. Le constat du retrait des glaciers façonne largement les imaginaires de notre ruine à venir. L’émotion est à son comble lorsque les spécialistes de science sociale préoccupés par l'effondrement de la calotte glaciaire sont confrontés aux vues de glaciologues de renom qui minimisent l’étendue de la fonte des glaces. Ce qui est en jeu dans le désaccord disciplinaire qui émerge alors, ce sont les orientations temporelles différentes ainsi que les imaginaires différents sur le futur de l'Himalaya, imaginaires basés sur des photographies et des données documentant la fonte des glaces. C'est la complexité de la production savante glaciologique que cet article s'est donné pour tâche de comprendre. L'enjeu y est de saisir, pour un lectorat de sciences sociales, la disparité des savoirs – entre et au sein des disciplines – qui impacte la manière dont la fonte des glaces himalayennes est discutée et imaginée.
Goldman, Mara J. 2020.
Winchell, Mareike. 2022.
Barua, Maan. 2023.
Stafford, Charles. 2020.
Świtek, Beata. 2021.
Bubandt, Nils, Astrid Oberborbeck Andersen and Rachel Cypher (eds.). 2022.
Dewan, Camelia. 2021.
Adams, Vincanne. 2023.
Kravel-Tovi, Michal. 2017.