ISSN: 0964-0282 (print) • ISSN: 1469-8676 (online) • 4 issues per year
This issue marks the first time that
This article investigates how poorly monitored relocation programmes of a Chinese hydropower project in Laos have negatively influenced food experiences of resettled villagers as corporeal, social and communal beings. It extends the analysis of recent hydropower resettlement studies that have focused on how dam construction induces food insecurity but paid less attention to the villagers’ strategies to tackle food shortages. The point of departure is an anthropological investigation of two prevailing eating phrases in the new settlement: ‘eating together’ (commensal encounters) and ‘eating with the people’ (a corruption metaphor in Laos). I argue that many indigent interlocutors have become more food insecure and poorer after their resettlement because their livelihood and food support are inadequately provided, and the ‘big people’ allegedly steal their financial compensation. This precarious situation has deepened as the new neighbourhood arrangement has halted some commensal or food-sharing practices. This ethnographic analysis of how hydropower-induced hunger is experienced, viewed and confronted from below contributes to ongoing discussions in hydropower resettlement research and food anthropology.
Cet article étudie comment les programmes de réinstallation mal suivis d'un projet hydroélectrique chinois au Laos ont influencé négativement les expériences alimentaires des villageois réinstallés en tant qu'êtres corporels, sociaux et communautaires. Il approfondit l'analyse des études récentes sur la réinstallation des populations vivant de l'hydroélectricité, qui se sont concentrées sur la manière dont la construction des barrages induit l'insécurité alimentaire, mais qui ont accordé moins d'attention aux stratégies des villageois pour faire face aux pénuries alimentaires. Mon point de départ est une enquête anthropologique sur deux expressions alimentaires courantes dans la nouvelle colonie : « manger ensemble » (rencontres commensales) et « manger avec les gens » (métaphore de la corruption au Laos). Je soutiens que de nombreux interlocuteurs indigents sont devenus plus pauvres et ont été plongés en situation d'insécurité alimentaire après leur réinstallation parce que leurs moyens de subsistance et leur soutien alimentaire sont insuffisants et que les « grands » leur volent leurs compensations financières. Cette situation précaire s'est aggravée car le nouvel arrangement de voisinage a mis fin à certaines pratiques commensales ou de partage de la nourriture, de sorte que les villageois ont actuellement du mal à manger à leur faim. Cette étude ethnographique contribue aux discussions en cours dans la recherche sur la réinstallation de l'hydroélectricité et l'anthropologie alimentaire.
Amid ongoing social and ecological transformations,
Au milieu des transformations sociales et écologiques en cours, les vignerons et les vignes dont ils ont la charge réagissent aux changements climatiques et autres. En s'appuyant sur un travail ethnographique de terrain dans la région vitivinicole d'Alsace, dans l'est de la France, je me tourne vers le sensorium comme site où les paysages changeants forcent les gens à repenser la signification du terroir, un terme clé dans lequel la vitiviniculture est articulée comme une pratique. Je vais au-delà des représentations typiques de ce concept français souvent défini en termes d'interactions entre ses différentes composantes (par exemple le sol, le vent et le savoir-faire humain) pour attirer l'attention sur les relations sensorielles qui les relient. Par le biais d'entretiens à pied et semi-dirigés, ainsi que d'observations participantes, avec des informateurs représentant treize sites vitivinicoles différents, j'ai généré des données qui expliquent ce qui change, comment les changements sont abordés, et ce que cela signifie pour la compréhension des lieux dans lesquels les producteurs de vin et leurs produits sont intégrés. En prêtant attention aux sens, je soutiens que le « goût du terroir » (ou ‘taste of place’) ne se reflète pas seulement dans les vins produits par les vignerons alsaciens, mais qu'il s'agit également d'une histoire de relations sensorielles apportées par les vignes elles-mêmes.
Examining conspiracy theory authors has not been seen as worthy of ethnographic inquiry in anthropology as of yet. This is intriguing, as encountering conspiracy theorists inspires a process of reassessing the critical nature of our own discipline, with its doubting mechanisms and thrill for alternative realities, and the essay offers analogies between such theories and the discipline. This article tackles conspiracy theory through ethnographically encountering the people largely responsible for the creation and dissemination of such theories. I argue that ethnography of conspiracy theory is ethnography on and with conspiracy theorists. The essay responds to recent calls to address uncomfortable ideas ‘at eye level’. Such calls to take seriously people who adhere to challenging ideas comes from work among far-right thinkers, an area sometimes converging with conspiracy theory. Reviewing material from fieldwork in Greece among authors in the conspiracy genre illuminates a wide array of concerns, from the idea that their work is science-worthy to statements both associated and dissociated from fascist ideas. The essay shows how professionals of the conspiracy theory field craft such theories and (re)work their own social standing, while I take conspiracy theory arbiters’ claims to the epistemic seriously and explore their relations to the far-right.
Cet article aborde la théorie du complot par le biais d'une rencontre ethnographique avec des personnes largement responsables de la création et de la diffusion de ces théories. Il soutient que l'ethnographie de la théorie du complot est une ethnographie sur et avec les théoriciens du complot. L'essai répond ainsi aux récents appels à aborder les idées inconfortables « au niveau des yeux ». Ces appels à prendre au sérieux les personnes qui adhèrent à des idées difficiles proviennent des travaux des penseurs d'extrême droite, un domaine qui converge parfois avec la théorie du complot. L'examen du matériel issu d'un travail de terrain parmi les auteurs du genre conspirationniste en Grèce met en lumière un large éventail de préoccupations, allant de l'idée que leurs travaux sont dignes de la science à des déclarations à la fois associées et dissociées des idées fascistes. Je montre comment les professionnels du domaine de la théorie du complot élaborent de telles théories et (re)travaillent leur statut social. Tandis que je prends au sérieux les revendications épistémiques des arbitres de la théorie du complot, j'explore leurs relations avec l'extrême droite. L'examen des auteurs de théories du complot n'a pas encore été considéré comme digne d'une enquête ethnographique en anthropologie. Cela est intriguant, car la rencontre avec les théoriciens du complot inspire un processus de réévaluation de la nature critique de notre propre discipline, avec ses mécanismes de doute et sa soif de réalités alternatives. Je propose donc des analogies entre ces théories et la discipline anthropologique.
The present collection of papers reflects a forum debate entitled ‘Doubt and Determination’ that took place at the Lisbon EASA2020 conference. The original question that set off our debate concerned the nature of the ethnographic gesture – that is, the decision to engage intensively with a particular form of life in order to situate it within a more common world. We distinguished two analytical moments in the ethnographic gesture (‘going out there’ and ‘returning’) and how they combined two contradictory dispositions: (i) the indeterminacy and underdetermination of the actual events one experiences and (ii) the need to measure some things by relation to other things in order to determine a ‘field’ and write an ethnography. Of course, there will never be a seamless fit between the ambiguity of uncertainty and the disambiguation of determination. Therefore, by its very character as a practice situated historically, ethnography will ever remain incomplete.
La sélection d'articles présentée ici représente un forum de discussion intitulé « Doute et Détermination » qui a eu lieu lors de la conférence EASA2020 à Lisbonne. La question initiale qui a déclenché notre débat concernait la nature du geste ethnographique – c'est-à-dire la décision de s'engager intensivement dans une forme de vie particulière afin de la situer dans un monde plus commun. Nous avons distingué deux moments analytiques dans le geste ethnographique (aller et revenir) et comment ils combinaient deux dispositions contradictoires : i) l'indétermination et la sous-détermination des événements réels que l'on vit ; ii) le besoin de mesurer certaines choses par rapport à d'autres, afin de déterminer un « champ » et d'écrire une ethnographie. Bien entendu, il n'y aura jamais de correspondance parfaite entre l'ambiguïté de l'incertitude et la désambiguïsation de la détermination. En conséquence, à travers son caractère de pratique située historiquement, l'ethnographie restera toujours incomplète.
Can we talk about what we cannot conceive of? How far can the ethnographic gesture guide us into worlds that call into question what Collingwood described as our own (historically mutable) ‘absolute presuppositions’ from which we must spin our ethnographic propositions? ‘Witches, as the Azande conceive them, cannot exist’, wrote Evans-Pritchard at the start of a monograph aiming to prove the eminent rationality of Zande witchcraft beliefs. Taking as cases in point Evans-Pritchard's famous equivocations on the issue of coming to inhabit worlds of thought and action that the ethnographer takes to be based on mistaken premises as well as an example from my own ethnography, I argue that what Wittgenstein called ‘hinge propositions’ – on which doubt can turn, but which can never fall into doubt themselves – have long, and all invocations of ‘radical alterity’ to the contrary, both enabled and plagued the ethnographic enterprise.
Peut-on parler de ce que l'on ne peut pas concevoir ? Dans quelle mesure le geste ethnographique peut-il nous guider vers des mondes qui remettent en question ce que Collingwood a décrit comme des « présuppositions absolues » qui sont historiquement mutables et à partir desquelles nous devons élaborer nos propres propositions ethnographiques ? Evans-Pritchard écrit au début d'une monographie visant à prouver l'éminente rationalité des croyances sorcières des Zande : « Les sorcières, telles que les Azande les conçoivent, ne peuvent exister ». En prenant pour exemple les fameuses équivoques d'E.P. sur la question d'habiter des mondes de pensée et d'action que l'ethnographe considère comme étant basés sur des prémisses erronées, ainsi qu'un exemple de ma propre ethnographie, je soutiens que ce que Wittgenstein appelait les « propositions charnières » – sur lesquelles le doute peut tourner, mais qui ne peuvent jamais être mises en doute elles-mêmes – ont longtemps (et toutes les invocations de « l'altérité radicale » au contraire) à la fois permis et entravé l'entreprise ethnographique.
Instead of focusing directly on the epistemological problems facing the anthropologist, this paper aims to reverse the ethnographic lens and reflect first on what the ethnographic situation does for the ‘ethnographed’: what kind of work do the subjects of an inquiry engage in when they consent to an ethnographic relation? What affordances does it offer them? Briefly put, my answer to this question would be that it allows them to experiment novel ways of giving shape to and translating forms of reflexivity that are always historically and politically situated. If this is the case, it follows that the ethnographer is involved in translating a process of translation he or she has elicited, indeed co-produced with the subjects of the inquiry. What might be the consequences of viewing ethnography as the translation of a translation – as opposed to the translation of ‘a culture’?
Au lieu de se concentrer directement sur les problèmes épistémologiques auxquels l'anthropologue est confronté, cet article vise à inverser la lentille ethnographique et à réfléchir d'abord à ce que la situation ethnographique fait pour les « ethnographiés » : quel type de travail les sujets d'une enquête engagent-ils lorsqu'ils consentent à une relation ethnographique ? Quelles sont les possibilités que cette relation leur offre ? En bref, ma réponse à cette question serait qu'elle leur permet d'expérimenter de nouvelles façons de donner forme et de traduire des formes de réflexivité qui sont toujours historiquement et politiquement situées. Si tel est le cas, l'ethnographe est donc impliqué dans la traduction d'une procédure de traduction qu'il ou elle a instiguée/suscitée (voire coproduite) avec les sujets de l'enquête. Quelles pourraient être les conséquences d'une vision de l'ethnographie comme la traduction d'une traduction – par opposition à la traduction d'une « culture » ?
Basing itself in the three aspects of the world that Kant proposed (as source, as domain and as limit), this article argues that the ethnographic gesture is correspondingly marked by three registers of encounter:
En se basant sur les trois aspects du monde proposés par Kant (comme source, comme domaine et comme limite), cet essai soutient que le geste ethnographique est marqué de manière correspondante par trois registres de rencontre : empathie, compagnie, communauté. En recourant à une vignette ethnographique sur une rencontre avec un homme à vélo, il explore le sens de la communauté qui a marqué ma présence ethnographique dans l'Alto Minho (nord-ouest du Portugal) à la fin des années 1970 et au début des années 80. L'article propose que l'ethnographie se base sur la détermination d'un « champ » pour le travail de terrain. Cette démarche est facilitée par l'identification d'apories de terrain – c'est-à-dire des défis d'interprétation qui, à la fois, arrêtent les ethnographes dans leur élan, engageant le besoin d'une détermination supplémentaire, et qui donnent une dynamique au récit ethnographique.
Fiction might not be formally the same genre as ethnography, but fiction remains a legitimate companion to anthropological reflection. Placing Kafka alongside the authors of this special section of
La fiction n'est peut-être pas formellement le même genre que l'ethnographie. En tant que produit d'une « observation sérieuse » quotidienne (Wood 2014[2020]) par contre, la fiction reste un compagnon légitime à la réflexion anthropologique. En plaçant Kafka aux côtés des auteurs de cette section spéciale de SA/AS, je peux les lire un peu au-delà de leurs positions centrales, en particulier pour ce qu'ils peuvent nous apprendre sur l'intraduisibilité, l’«impasse-abilité» et l'impossibilité, parties essentielles pour l'ethnographie et des relations/rapports plus généralement. Après avoir discuté les textes de cette section, je réponds aux questions posées à notre panel lors de l'EASA2020. Je discute ensuite de ce que j'appelle le roman le plus intraduisible du Brésil, qui jette une lumière unique sur les préoccupations anthropologiques contemporaines concernant l'intraduisibilité, ou la différence qui est impossible à combler entièrement.
The first 2021 issue of
We begin by thanking our colleague Eldar Bråten for taking the time to read and comment on our article with such thoroughness. We continue right away with a response. A key aspect of Bråten's critique is his claim that it is difficult to understand how we reason and, therefore, ‘how to discern substantial arguments in texts that overflow with evocative and metaphoric prose?’ In order to reply to such a concern, we choose to, first, take a step back and provide a backdrop to our anthropological thinking (and, therefore, reasoning and ‘prose’) and how it is situated within a longer trajectory of thought. Thereafter, we turn to his specific concerns with our approach to utopia.
Masco, Joseph. 2020.
Mack, Jennifer and Michael Herzfeld (eds.) 2020.
Soula Audrey, Yount-André Chelsie, Lepiller Olivier and Nicolas Bricas (eds.) 2020.
Pauli, Julia. 2019.
Açıksöz, Salih Can. 2019.
Astrid Oberborbeck Andersen, Anne Line Dalsgård, Mette Lind Kusk, Maria Nielsen, Cecilie Rubow and Mikkel Rytter (eds.) 2020.
Montgomery, David W. (ed.) 2018.
Wiegink, Nikkie. 2020.
Regnier, Denis. 2020.
Blavascunas, Eunice. 2020.