ISSN: 0964-0282 (print) • ISSN: 1469-8676 (online) • 4 issues per year
A growing concern about academic freedoms has recently resulted in the EASA General Assembly's December 2023 vote on a Motion to Create a Working Group on Human Rights and Academic Freedom, followed in February 2024 by the EASA executive's letter expressing direct concern after Professor Ghassan Hage's working relationship with the Max Planck Institute was terminated after misplaced accusations of racism and antisemitism. It is timely that the current issue opens up a space to discuss ethics, commitment, critique, authorship and truth seeking.
How do people discern between truth and untruth? What characterises their engagements with evidence? Some progress in answering these huge questions can be made by exploring them in conditions of radical epistemic uncertainty, such as the early months of the COVID-19 pandemic, when the virus's behaviour was largely unknown and the efficacy of interventions unknowable. This article focuses on the workings of suspicion and its relationship with evidence, doing so by analysing conversations collected in a Facebook discussion group devoted to ‘Covid truth’. It argues that suspicion produces its own forms of falsification but has a contentious relationship with positive truth. By outlining the epistemic labour of self-avowed truth seekers, the article elucidates some of the mechanisms by which Covid conspiracy theories proliferated and explains why its partakers were convinced that they had a critical edge over the rest of us.
Comment les gens discernent-ils entre vérités et non-vérité ? Qu'est-ce qui caractérise leur recherche de la preuve ? Certains progrès dans la réponse à ces grandes questions ont pu être faites par leur exploration en contexte d'incertitude épistémique radicale, tel que celui des premiers mois de la pandémie, alors que le comportement du virus était encore largement inconnu et l'efficacité des interventions mise en œuvre encore largement inconnues. Cet article se concentre sur le travail de la suspicion et sa relation à la preuve, à travers l'analyse de conversations collectées sur un groupe de discussion Facebook consacré à « la vérité du Covid ». Il défend l'idée que la suspicion produit ses propres formes de falsification, mais a une relation passionnée avec la vérité positive. En dessinant les contours du travail épistémique des chercheurs auto-proclamés de vérité, cet article met au jour certains des mécanismes par lesquels les théories conspirationnistes du Covid ont proliféré et explique pourquoi ceux qui les ont en partage sont si persuadés d'avoir la lucidité critique qui fait défaut au reste d'entre nous.
Despite repeated calls for change, social and cultural anthropology is still dominated by single-authored works. I consider two thought experiments that might disturb the status quo in interesting ways. Anthropologists could publish anonymously, treating ourselves in the same way as we treat our anonymised informants, for example, using pseudonyms. Alternatively, we could treat our colleagues in the field not only as equals but also as co-authors. Both these options have implications concerning the ‘dividual’ author (perhaps now thought of as an ‘auth’), and involve rethinking the ‘
En dépit d'appels répétés pour une évolution de nos pratiques, l'anthropologie sociale et culturelle est toujours dominée par l'auctorialité au singulier. Je considère ici deux expériences de pensée qui peuvent perturber le status quo en la matière de façon intéressante. Nous pouvons ainsi publier anonymement, nous traitant ainsi de la même manière que nous traitons anonymement nos informateurs, par exemple avec l'usage de pseudonymes. Alternativement, nous pouvons traiter nos collègues sur le terrain non seulement comme des égaux, mais également comme des co-auteurs. Ces deux options ont des implications en ce qui concerne l'auteur « dividuel » (qu'il faut peut-être désormais penser comme un « auth »), ce qui implique de repenser le « hau » de la publication
I argue that the standard model of research ethics pushes the ethnographer of bureaucracies to the cautious, concise and compliant textual practices styles of the bureaucracy itself. Given the methodological importance of writing to ethnography, this matters. To make the argument, I draw on my experience of my decision to embargo my PhD thesis, an ethnography of an international donor agency. I show how the key gatekeeper to my research sought to translate concepts from research ethics (consent, avoidance of harm) into insisting on writing and stylistic practices familiar to his organisation (scope of work, risk), in order to constrain future academic publications. These dilemmas played out in the text of the thesis, its styles, forms and arguments. In studying up, the ethical demands of writing present challenges to the text and its methodological significance. I suggest that navigating these methodological challenges demand strategies that also start with the text.
Je défends ici l'idée que les standards et modèles traditionnels d’éthique de la recherche poussent l'ethnographe des bureaucraties à développer des pratiques textuelles précautionneuses, concises et complaisantes proches de celles de la bureaucratie elle-même. Etant donné l'importance méthodologique de l’écriture pour l'ethnographie, cela a une grande importance. Pour présenter cet argument, je m'appuie sur la décision de placer ma thèse de doctorat sous embargo, thèse qui portait sur l'ethnographie d'une agence internationale de don. Au cours de ce processus, je montre comment les garants clés de ma recherche ont cherché à traduire les concepts de l’éthique de la recherche (consentement, évitement du préjudice porté) en une insistance sur l’écriture et les pratiques stylistiques familières à cette organisation (visée du travail, risque), dans le but de contraindre la façon dont le bureau était campé dans mes écrits à la langue et les représentations autorisées en cours dans cet office. Avec l'insistance et la contrainte a émergé un dilemme entre les demandes méthodologiques de l’écriture ethnographique et les responsabilités éthiques mises en avant. Le dilemne s'est traduit de façon grandissante dans le texte au point de menacer ma capacité à développer une perspective sur mes données et à séparer le bureau du terrain. Je montre comment je suis parvenu à contourner ces défis méthodologiques par des stratégies de recentrage sur le texte : embargo de la thèse et déplacement pour publier les données sous le format plus court d'articles.
State securitisation and internment programmes in Xinjiang have, since 2017, rapidly changed living conditions for its inhabitants and created new degrees of risk. Here, I consider whether the consent given by participants for my use of interview transcripts and other research materials is meaningful when it is no longer safe to contact participants, and their consent was given under very different circumstances. I argue that at such critical moments neither formal codes of ethics nor the ‘situated’ ethics of fieldwork offer helpful guidance, but that consideration of the internal good of anthropology, and insights offered by its practice, can provide potential answers.
L'entreprise de sécurisation par l'Etat et les programmes d'internement au Xinjiang au cours des quatre dernières années ont rapidement changé les conditions de vie pour ses habitants en créant des nouveaux degrés de risque. Dans cet article, je me demande si le consentement donné par les participants d'utiliser la retranscription des entretiens conduits avec eux ainsi que d'autres matériaux collectés au moment de ma recherche avait toujours la même valeur alors qu'il était désormais devenu dangereux d'entrer en contact avec ces participants et alors que leur consentement avait été donné dans des conditions bien différentes. Je défends l'idée qu'en de telles circonstances critiques, ni les codes d’éthique formels, ni l’éthique « située » du terrain n'offrent de guide pertinent, mais que seule la considération du bien interne à l'anthropologie et le jugement évaluatif offert par sa pratique peuvent fournir des réponses potentielles.
Care, in lowland South America, is an ethical practice that is constitutive of kinship relations. Drawing on the case of the Warao, an indigenous people of Venezuela, I complicate this link between care and kinship in two interrelated ways: first, by focusing on the impossibility of perfect care (the particularising orientation of care makes neglect inevitable); and second, by acknowledging that kinship must not only be made, but also unmade. Both strands of this argument contribute to an effort to show that the dark side of the care/kinship nexus is relationally productive. Since kinship relations are constituted by the memory of past acts of care and nurture, quarrels that arise from reciprocal accusations of laziness and stinginess trigger dynamics of separation with long-term implications. Care is remembered but its limits are also acknowledged, especially at death, and such reflexivity contributes to its properly ethical character.
Dans les basses terres d'Amérique du Sud, le souci des autres (ou care) est une pratique éthique constitutive des relations de parenté. En m'appuyant sur le cas des Warao, un peuple autochtone du Venezuela, je complexifie ce lien entre care et parenté de deux manières interdépendantes : tout d'abord, en soulignant l'impossibilité de prendre parfaitement soin d'autrui (le souci des autres représentant une attention aux besoins spécifiques de personnes particulières, il est inévitable qu'il conduise à en négliger d'autres) ; ensuite, en reconnaissant que les relations de parenté doivent être créées mais aussi rompues. Les deux volets de cet argument représentent une tentative de montrer que le côté obscur du lien entre care et parenté est productif sur le plan relationnel. Dans la mesure où c'est la mémoire des actes nourriciers et de soin qui fonde les relations de parenté, les disputes suscitées par des accusations réciproques de paresse et de mesquinerie déclenchent des dynamiques de séparation qui ont des implications à long terme. On se souvient du care mais on reconnaît aussi ses limites, en particulier lors de la mort des personnes concernées, et cette réflexivité contribue à son caractère proprement éthique.
In this article I contribute to posthuman anthropology by developing two lines of thought. I first suggest that the post-Cartesian ontology integral to posthumanism accommodates a new scientifically informed version of negative theology. I then explore how this new negative theology implies a posthuman religion. By analysing Michel Serres's reconceptualisation of religion as the opposite of negligence and engaging with efforts to build on this thought by Tim Ingold and Bruno Latour, I develop a theory of posthuman religion I call religence. With the innovation of this term, I bring posthuman religion into view and, to show how religence may be approached anthropologically, I draw on Anna Tsing's ‘critical description’ of the interdependence between
Dans cet article, je contribue à l'anthropologie posthumaniste en développant deux axes de réflexion. Je suggère d'abord que l'ontologie postcartésienne, qui fait partie intégrante du posthumanisme, s'adapte à une nouvelle version scientifiquement informée de la théologie apophatique ou négative. En tant que forme de non-dualisme relationnel, l'ontologie posthumaine permet de conceptualiser un dieu incomplet et inconnaissable, néanmoins sous-entendu dans les performances de toutes choses. J'explore ensuite comment cette nouvelle théologie négative implique une religion posthumaine. Je dénoue les fils étymologiques de la reconceptualisation de la religion par Michel Serres, selon laquelle la religion est l'opposé de la négligence, et suis les efforts de Tim Ingold et Bruno Latour qui visent à construire sur cette pensée. C'est à partir de cela que je développe une théorie de la religion posthumaine que j'appelle la religence. Avec l'innovation de ce terme, je mets en lumière la religion posthumaine et, afin de montrer la façon par laquelle la religence peut être abordée de manière anthropologique, je m'appuie sur la « critical description » d'Anna Tsing de l'interdépendance entre les champignons Tricholoma et les pins. Je conclus que la religence doit être mieux comprise non pas comme un mode relationnel unique, omniprésent et immuable, capable d’éliminer la négligence, mais comme une pluralité de religions-négligences provisoires et changeantes.
Ghosh, Sahana. 2023. A Thousand Tiny Cuts: Mobility and Security across the Bangladesh–India Borderland. Oakland, CA: University of California Press. 296 pp. Pb.: US$29.95. ISBN: 978-0-5203-9573-2.
Keshavarz, Mahmoud and Shahram Khosravi (eds.) 2022. Seeing Like a Smuggler: Borders from Below. London: Pluto Press. 216 pp. Pb.: £19.99. ISBN: 978-0-7453- 4161-3.
Shih, Elena. 2023. Manufacturing Freedom: Sex Work, Anti-trafficking Rehab, and the Racial Wages of Rescue. Oakland, CA: University of California Press. 288 pp. Pb.: US$29.95. ISBN: 978-0-5203-7970-1.
Herzfeld, Michael. 2021. Subversive Archaism. Troubling Traditionalists and the Politics of National Heritage, Durham and London: Duke University Press. 239 pp. Ppb.: $25.95. ISBN: 9781478017622.
Walter, Anna-Maria. 2021. Intimate Connections: Love and Marriage in Pakistan's High Mountains. New Brunswick, NJ: Rutgers University Press. 244 pp. Pb.: US$37.95, ISBN: 9781978820487.
Segalen, Martine. 2022. Destins Français. Essai d'auto-ethnographie familiale. Paris: CREAPHIS Editions. 314 pp. Pb.: €12.00, ISBN: 9782354281823.
Lazarev, Egor. 2023. State-Building as Lawfare: Custom, Sharia, and State Law in Postwar Chechnya. Cambridge: Cambridge University Press. 321 pp. Hb.: £75.00, ISBN: 9781009245951.
Campbell, Stephen. 2022. Along the Integral Margin: Uneven Development in a Myanmar Squatter Settlement. Ithaca, NY: Cornell University Press. 210 pp. Hb.: US$51.95, ISBN: 9781501764882.