ISSN: 0964-0282 (print) • ISSN: 1469-8676 (online) • 4 issues per year
This issue hosts a special section on “Projects and Project Temporalities: Ethnographic Reflections on the Normative Power of the Project Form”. As Graan and Rommel underline in their introduction, projects grew historically as fundamental ways of organizing social life. The guest editors invite us to take a close ethnographic look at the projectification of time in neoliberal and (post)colonial contexts. The collection of papers attends to the logics of the project in diverse ethnographic contexts and temporal frameworks by offering historically informed ethnographies of what progress, failure and success mean to various people. Authors further attend to imaginaries of temporality and futurity, and technologies of time and control. Although Graan and Rommel pay attention to aspects that connect diverse types of projects, they also carefully present their linguistic and ethnographic specificities and unique temporal configurations, including the projects’ afterlives, contributing to anthropological discussions on time.
The project form – a goal-driven approach to resource allocation and task coordination – is one of the most widespread organisational technologies in the world today. Significantly, projects are pervasive organisers of time. They tether activity to schedules. They entail social synchronisations and disruptions. They presuppose particular temporal imaginaries – for example, time as partible and progressive – that mediate action. This introduction examines how the temporalities of the project form organise, animate, complicate and condition social dynamics. In surveying the contributions to this special issue, we highlight how the project form's figuration of time grounds three modalities of normative power: projects as a model of purposive human agency; projects as a form of temporal containment; and projects as an ideal of action and futurity that linger long after their ostensible completion.
La forme de projet − une façon d'aborder l'attribution des ressources et la coordination des tâches qui sont déterminées par les objectifs − est une des technologies d'organisation les plus répandues dans le monde d'aujourd'hui. Il est significatif que les projets constituent des organisateurs pénétrants de temps. Ils attachent l'activité à un calendrier. Les projets impliquent des synchronisations sociales ainsi que des perturbations. Ils présupposent que des conceptions temporelles particulières − par exemple, le temps comme partible et progressif − servent de médiateurs d'action. Cette introduction examine comment les temporalités de la forme de projet organisent, animent, compliquent et conditionnent la dynamique sociale. En contemplant les travaux de recherche dans ce dossier, nous soulignons comment la configuration du temps dans la forme de projet fonde trois modalités de pouvoir normatif : les projets comme un modèle d'intermédiaire humain et résolu ; les projets comme une forme de contenant temporal ; et les projets comme un idéal d'action et d'avenir qui ont des répercussions à long terme après leur conclusion apparente.
It is said that for each year of armed conflict, a decade is needed to clean up the explosive remnants of war. What does it mean to imagine a project of such duration? In landmine removal, what is theoretically temporary work can start to look permanent. Tracking the efforts of a prominent humanitarian de-mining organisation, the British–American HALO Trust, in then-government-controlled eastern Ukraine, I show how clearance both follows project logic as well as upends two key assumptions of the project form: that projects have ends and that they have results. I demonstrate ethnographically how Ukrainians working for HALO approached de-mining as a project of unclear duration, finding both horror and promise in the protracted timeline. Nevertheless, I conclude that the idea of a project without end is a fallacy because the supportive structures that enable the project may evaporate at any moment.
On dit que pour chaque année de conflit armé, il faut une décennie pour nettoyer les vestiges explosifs de la guerre. Qu'est-ce que ça veut dire d'imaginer un projet de telle durée ? Pendant le déminage d'un champ de bataille, ce qui est envisagé théoriquement comme un travail temporaire peut, petit à petit, ressembler à un travail permanent. Cet article examine les efforts d'une association humanitaire qui joue un rôle de premier plan dans le déminage : le britannique-américain Trust HALO. L'association humanitaire a poursuit son activité dans l'Ukraine de l'est, autrefois sous le contrôle du gouvernement ukrainien. Nous expliquons comment le déminage adhère à la logique du projet et, en même temps, renverse deux suppositions principales de la forme de projet : l'idée que les projets ont conclusions et l'idée que les projets ont des résultats. En s'appuyant sur l'ethnographie, nous montrons comment les Ukrainiens qui travaillent pour le trust HALO ont abordé le déminage comme un projet de duration indéterminée. Les travailleurs se sont ressentis à la fois de l'horreur et de l'espoir en face d'un calendrier de longue durée. Néanmoins, nous concluons que l'idée d'un projet sans fin est fallacieuse parce que les structures de soutènement qui permettent l'avancement du projet pourraient disparaître à tout moment.
In recent years Indian construction firms have come under increasing pressure to present their building projects as ‘time-bound’. In industry discourse, time-bound projects smoothly and sequentially hit project deadlines. While such an ideal is never realised in practice, I argue that the temporal politics of ‘time-bound’ projects lies not in their enactment of a smooth and progressive time but rather in the work of orchestration that binds together the heterogeneous temporalities of kinship, debt and migration that support work on the site. I demonstrate how these heterogeneous temporalities are erased in the image of the time-bound project, even as they support the project. Focusing on the implementation of the project-form itself elucidates the orchestration and contestation of diverse temporalities at stake in infrastructural development.
Pendant les années récentes, les entreprises indiennes du bâtiment ont subi une pression grandissant de présenter leurs projets comme ayant une durée déterminée. Dans le parler industriel, les projets de durée déterminée réalisent leurs objectifs facilement et dans le délai prescrit. Tant que cet idéal n'est jamais réalisable, nous proposons que la politique temporale des projets de durée déterminée ne se fonde pas sur la performance d'un temps facile et progressif, mais plutôt dans le travail de gestion qui rassemble les temporalités hétérogènes de parenté, de dette et de migration pour faciliter le travail sur place. Nous montrons comment ces temporalités hétérogènes sont effacées à l'image du projet de durée déterminée, en même temps que ces temporalités soutiennent le projet. En focalisant sur la mise en application de la forme de projet, nous expliquons la gestion et la contestation de ces temporalités diverses et variées qui sont en jeu dans le développement d'infrastructure.
This article examines a British migration project – which sent select children to colonial Southern Rhodesia between 1946 and 1962 – in order to analyse dissonant temporalities in projects of social engineering. The article focuses on three of the several complex and at times incompatible temporalities animated and juxtaposed by the project. First, it discusses ‘imperial infinity’ as the political temporality that framed the project. As ‘imperial investments’, the children were a means to securing colonial continuity well beyond project time. Second, it considers how temporal logics of social projects presuppose a rupture with the past, foregrounding their rationale of futurity. Finally, the article examines the sense of time of the migrant child placed in an institution, highlighting its clockwork discipline and spatiotemporal standstill. Through this case, the article reflects on antagonistic temporalities within social projects, as well as their long-lasting political repercussions.
Cet article examine un projet britannique de migration − l'envoi des enfants triés sur le volet en Rhodésie coloniale du sud de 1946 à 1962 − afin d'analyser des temporalités dissonantes dans les projets d'ingénierie sociale. L'article focalise sur trois temporalités complexes et parfois incompatibles qui sont animées et juxtaposées par le projet. Premièrement, nous abordons ‘l'infinité impériale’ comme la temporalité politique qui a encadré le projet. Les enfants, considérés comme des ‘investissements impériales’, ont servi à sécuriser la continuité coloniale au-delà du temps prescrit pour le projet. Deuxièmement, nous examinons comment la logique temporale de projets sociaux présuppose une rupture avec le passé, pour mettre en avant leur logique d'avenir. En guise de conclusion, nous considérons le sens du temps chez l'enfant migrant, placé dans un établissement, pour souligner le discipline mécanique et l'arrêt spatio-temporel. Au travers ce cas d’étude, nous réfléchissons sur des temporalités antagonistes au cœur des projets sociaux ainsi que leurs répercussions politiques durables.
This article examines imaginaries of the social agency of the project form in contemporary Egypt. Drawing on long-term fieldwork with lower-middle class men in Cairo who contrive small-scale investment projects, it demonstrates how projects are envisioned to (1) create the world anew, (2) shape the ‘near future’ and (3) fashion platforms of relative stability amid unpredictability, hustling and making do. The article also illustrates how the project form's normative temporalities are often distorted, materialising in iterative sequences of never fully completed projects that nonetheless ‘make the world move’. In conclusion, I suggest that the same iterative temporality is recognisable in the Egyptian regime's current push for spectacular megaprojects, and that an imaginary of social and temporal agency undergirds the attraction to Egyptian projects across scales.
Cet article examine les imaginaires de l'agentivité sociale liés à la forme de projet en Égypte contemporaine. En s'appuyant sur un travail de terrain à long terme avec des hommes de la petite classe moyenne au Caire qui mènent des projets d'investissement à petite échelle, nous montrons comment ces projets sont envisagés comme ayant trois objectifs : 1) créer le monde à nouveau, 2) façonner ‘l'avenir proche’, et 3) fabriquer des plateformes de la stabilité relative, malgré les conditions d'incertitude, les pratiques de l'arnaque, et débrouille. L'article montre aussi comment les temporalités normatives de la forme de projet sont souvent dénaturées, et se matérialisent en séquences itératives de projets qui ne sont jamais achevés mais qui, malgré tout, ‘faire bouger des choses’. En guise de conclusion, nous suggérons que la même temporalité itérative est reconnaissable dans la politique actuelle du régime égyptien de créer des mégaprojets spectaculaires, et un imaginaire de l'agentivité sociale et temporale est à la base de l'attraction aux projets égyptiens à toutes les échelles.
This article investigates kinship responsibilities in a Palestine ravaged by war and conflict. It is centred around Françoise Héritier's observation that having a ‘fixed’ position in a set of possible siblings is an unchangeable condition of life. That is, no known kinship system allows an ego to move temporally from the birth order. I explore how perpetual conflict interferes with responsibilities that come with being born in a fixed kinship order. How does biopolitics interrupt or undo generational roles? What happens to the subject of biopolitical instability who is unable to fulfil kinship obligations? I explore these questions through cases of Palestinian Romani families from Gaza who since 2007 have been migrating to the West Bank – migrations that sometimes cause relatives to disappear and later reappear, effectively remaking kinship responsibilities. A ‘minor’ register of perpetual war and conflict that is often neglected in favour of narratives of trauma.
Cet article examine les responsabilités de parenté en Palestine, un territoire dévasté par la guerre et le conflit. À la base de notre analyse est l'observation faite par Françoise Héritier que chaque membre d'un groupe de frères et sœurs possède une position stable qui ne change pas au cours de la vie. C'est-à-dire, il n'existe aucun système de parenté connu qui permet à quelqu'un de changer sa position dans l'ordre de naissance. Nous explorons comment le conflit perpétuel empiète sur les responsabilités générées par la naissance dans un ordre de parenté immuable. Les rôles générationnels sont-ils interrompus ou décomposés par la biopolitique ? Qu'est ce qui se passe à quelqu'un qui n'a plus la capacité de remplir les obligations de parenté ? Nous considérons ces questions au travers des études de cas sur des familles palestiniennes du peuple tsigane de Gaza qui, depuis 2007, ont essayé de migrer en Cisjordanie. Parfois, au cours de ces migrations, leurs proches disparaissent et puis reparaissent, ce qui entraine une renouvellement des responsabilités de parenté. L'article examine ce registre ‘mineur’ du conflit et de la guerre perpétuelle − un registre qui est souvent négligé parce que les narratives de traumatisme dominent.
Although anthropology has predominantly portrayed the phenomenon of precarity as a negative consequence of neoliberalism, it has long been romanticised as a constitutive element of the lives of cultural producers. This article explores the intersection of these two forms of precarity – the disruptive and the idealised – through an examination of Israel's young generation of filmmakers and their navigation of the country's increasingly neoliberal economic climate. The article particularly interrogates a common ‘housing solution’ adopted by many young filmmakers to continue their artistic pursuits, which involves living in low-rent buildings undergoing extensive renovation. I show how the filmmakers experience precarity as both a source of disruption and a generative force for their art, thus challenging the prevailing theoretical framework that views precarity as a predominantly disruptive state.
L'anthropologie a souvent présenté le phénomène de précarité comme une conséquence négative du néo-libéralisme. Mais, pendant longtemps, la précarité a été présenté sous un jour romantique comme un élément fondamental de la vie des producteurs culturels. Cet article examine l'intersection de ces deux formes de précarité − la forme perturbatrice et la forme idéalisée − au travers une étude de la génération des jeunes israéliennes qui créent des films dans un climat économique de néo-libéralisme grandissant en Israël. Nous interrogeons surtout une ‘solution de logement’ souvent adopté par beaucoup de jeunes cinéastes afin de continuer leurs activités artistiques. Cette ‘solution’ est la pratique d'habiter dans un immeuble lors de sa rénovation complète. Nous montrons comment les cinéastes utilisent l'expérience de précarité à la fois comme une source de perturbation et une force productive pour leur art. Cette pratique représente un challenge au cadre théorique dominant qui présente la précarité comme un état perturbateur.
Grotti, Vanessa. 2022.
McConnell-Ginet, Sally. 2020.
Sokolíčková, Zdenka. 2023.
Sausdal, David. 2023.